Avant de vouloir lui retirer son téléphone, comprenez deux choses : ce qu'est une addiction aux écrans, et ce que votre parent cherche à fuir. L'écran remplit peut-être un vide : l'ennui, la peur d'être seul, des pensées qu'il préfère ne pas entendre.

Question 1
« On n'arrive même plus à avoir une conversation avec ma mère. » Elle a 68 ans, et elle fait défiler ses reels et ses vidéos TikTok sans s'arrêter.
Pour se faire entendre, il faut presque crier par-dessus son téléphone. Et elle se plaint qu'on ne lui parle jamais, alors que chaque fois qu'on vient la voir pour discuter, elle a les yeux sur son écran.
Vous êtes là, pour elle. Vous avez des choses à lui raconter, et c'est l'écran qui gagne.
Alors une pensée s'installe : elle préfère son téléphone à nous. On aimerait simplement compter plus qu'une vidéo.
Ce que vous vivez est pénible, et vous avez le droit d'en avoir assez. Je ne dis pas que votre parent a raison de ne plus vous écouter.

Question 2
Pour mieux gérer la situation, vous devez comprendre deux choses : ce qu'est une addiction aux écrans, et ce que votre parent cherche à fuir.
Si votre parent s'était mis à boire, vous chercheriez à l'aider à arrêter. Mais s'il avait commencé à boire pour oublier, pour fuir quelque chose, il aurait deux problèmes à résoudre : l'addiction, et ce qui l'a provoquée. Avec le téléphone, c'est certainement devenu la même chose.
Si mon parent était dans cette situation, je chercherais à m'informer sur les addictions, comme en vivent certains adolescents avec les jeux vidéo et les écrans.
Le but ne serait pas de juger, mais de comprendre, en laissant de côté mes idées reçues, mes jugements.
Je découvrirais que ces applications sont conçues pour qu'on ne les lâche pas : la vidéo suivante arrive toute seule, et il n'y a jamais de fin.
Ce n'est peut-être pas que votre parent vous préfère son téléphone. Il est peut-être pris dans quelque chose qui est fait pour le retenir.

Question 3
Je chercherais ensuite à voir ce qu'il fuit, ce qui lui fait peur : l'ennui, la peur d'être seul, les colères, les pensées toxiques qui reviennent sans être invitées…
Posez-vous la question, pour vous-même : que feriez-vous d'une journée entière sans téléphone, sans écran, sans musique, sans personne à qui parler ? Que dirait la petite voix dans votre tête ?
Nous remplissons tous nos journées : le travail, les obligations, les conversations, notre série préférée. Votre parent remplit peut-être un vide avec ses vidéos.
Il a peut-être de la visite tous les jours. Mais sa vie devrait-elle tourner autour de ces vingt minutes de conversation ?
L'ennui n'est peut-être qu'un révélateur de ce qui lui manque, de ce qu'il n'a pas, ou de ce qu'il a perdu.
Et la solitude se nourrit d'elle-même : plus on reste seul, plus on s'enferme, même quand on en souffre.
À lire aussi : 👉 Pourquoi vouloir changer votre parent alors que c'est vous qui souffrez ?

Question 4
J'apprendrais aussi à lâcher prise, et peut-être à arrêter de vouloir que mon parent soit comme j'aurais aimé qu'il soit.
J'apprendrais les étapes d'un deuil, pour mieux comprendre ce que je vis.
Lâcher prise, ce n'est pas abandonner votre parent. C'est accepter que l'image que vous aviez de lui ne corresponde plus à celle d'aujourd'hui, et l'accueillir tel qu'il est.
Si c'est si difficile, c'est à cause de l'attachement : plus il est fort, plus la douleur est grande. Ce n'est pas une faiblesse, c'est humain.

Question 5
Quand la situation devient urgente, la meilleure astuce est que la recommandation vienne d'une autorité qu'il respecte.
Son médecin, par exemple, avec qui vous aurez eu une conversation avant. C'est lui qui lui recommandera, par exemple, de ne pas dépasser deux ou trois heures par jour.
Gardez une limite en tête : plus on s'en remet à une autorité, plus votre parent peut sentir que sa voix ne compte plus.
Car une question reste : est-ce que ce n'est pas égoïste de vouloir qu'il retrouve une vie qui ne lui plaît peut-être plus ?
Votre parent est un adulte. Il a le droit de refuser vos propositions, même quand vous pensez qu'elles lui feraient du bien. Le forcer « pour son bien », ce serait l'infantiliser.
À lire aussi : 👉 Votre parent refuse de changer : pourquoi en souffrez-vous autant ?
Ce que ça ne fait pas : ni son médecin, ni les gestes qui suivent ne lui feront lâcher son téléphone à votre place. Il reste libre de choisir.
L'ennui, le vide, le lâcher-prise : ce sont des sujets que j'aborde dans le livre 👉 Au Secours ! Qui va prendre soin de mes parents ?.

Question 6
Quand un parent dit qu'il se sent seul, parle-t-il de ce qu'il voit autour de lui, ou de ce qu'il ressent au fond de lui ?
Sa plainte ne parle peut-être pas de vos visites. Et lui répéter qu'on l'aime ne suffit pas : si l'ennui est installé, les mots ne changeront rien.
Trois gestes peuvent aider, dès votre prochain moment avec lui :
- Écoutez-le pour de vrai quand il se plaint. Sans lui répondre « mais on est là ! », sans chercher de solution tout de suite : prenez le temps de comprendre ce qu'il ressent.
- S'il est d'accord, emmenez-le manger une gourmandise : une glace, une pâtisserie, celle que son médecin lui déconseillerait. Un vrai plaisir, partagé avec vous, pour qu'il se reconnecte. Évitez la promenade si ce n'est pas son truc.
- S'il refuse de sortir, invitez un de ses amis à la maison, ou des amis à vous, pour un café.
À lire aussi : 👉 Aider son parent âgé : et si vous lui donniez plutôt une place ?
Le petit changement est là : cesser de voir son téléphone comme un rival, et chercher ce qu'il remplit.
Ce que votre parent y gagne : il n'est ni jugé, ni forcé. Son ennui ou sa solitude sont entendus, et il garde le droit de choisir.
Ce guide peut parler à un frère, à une sœur, à votre conjoint, qui vivent les mêmes moments. Vous pouvez le leur transmettre.
Et vous, qu'en pensez-vous : vouloir qu'il lâche son téléphone, est-ce pour lui, ou pour nous ? Dites-le-moi : 👉 contact@editions-ausecours.ca
Sources employées (6)
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Fait cité |
Lien |
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Les applications sont conçues pour retenir l'attention : rapport de la commission d'experts sur l'impact de l'exposition des jeunes aux écrans, « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu », « stratégies de captation de l'attention » |
👉 Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu |
| 2 |
Le vide, une journée sans téléphone ni écran, la petite voix dans la tête ; l'ennui, révélateur de ce qui nous manque ; si l'ennui est installé, les mots ne changeront rien ; être écouté pour de vrai : le livre, « Redonner du sens » |
👉 Au secours ! Qui va prendre soin de mes parents ? |
| 3 |
Lâcher prise, accepter que l'image qu'on avait de son parent ne corresponde plus à celle d'aujourd'hui : le livre, « Accepter de voir son parent dépérir » |
👉 Au secours ! Qui va prendre soin de mes parents ? |
| 4 |
Un expert médical comme tierce personne, et le risque de s'en remettre trop vite à lui : le parent sent que sa voix ne compte plus : le livre, « Les conflits interminables » |
👉 Au secours ! Qui va prendre soin de mes parents ? |
| 5 |
Le parent est un adulte, qui a le droit de refuser nos propositions ; le forcer « pour son bien », c'est l'infantiliser : le livre, « Mon parent et les technologies » |
👉 Au secours ! Qui va prendre soin de mes parents ? |
| 6 |
Quand un parent dit qu'il se sent seul, parle-t-il de ce qu'il voit autour de lui, ou de ce qu'il ressent au fond de lui ? : le livre, citation finale n° 42 |
👉 Au secours ! Qui va prendre soin de mes parents ? |